Un escalier en bois stylé

par Sylvain Monier (15800 Vic Sur Cère)

Sylvain Monier nous fait découvrir ici le remplacement d'un escalier en bois devenu vétuste et dangereux...

L'escalier existant avait un mérite : celui d'être d'origine, dans une maison ne comptant plus ses années. Le respect pouvait inciter à le conserver... mais plusieurs raisons ont motivé sa réfection. En premier lieu, la sécurité : l'absence de balustrade était inacceptable en présence de jeunes enfants.

Ensuite, l'aspect de l'escalier devenait sinistre, dans un salon dont les propriétaires souhaitaient valoriser les pierres et boiseries, mais en apportant une décoration rajeunie.



Le parti pris :

L'essentiel sera refait à l'identique. Bois massif dont la beauté se suffit à elle-même (du chêne non teinté en l'occurrence), absence de contre-marches pour laisser passer la lumière venant de la porte d'entrée, sections de bois généreuses.
La balustrade amènera un style plus affirmé : main courante courbée, barreaux de récupération portant des ornements patinés par le temps.
L'escalier est des plus simples : il est droit, puisque prolongeant un quart tournant construit en maçonnerie. L'absence de contre-marches limite aussi le travail.

Pour autant, le tout doit être réalisé avec précision. Pour cela, une épure est réalisée sur une plaque de MDF, nécessitant différents relevés. L'intérêt est de dessiner la main courante, dont le tracé doit être esthétique mais aussi compatible avec la longueur des barreaux, issus d'un lot de récupération incomplet (initialement installés dans un escalier maçonné, ils sont de longueur variable).

L'épure permet aussi d'établir tous les angles entre limons, barreaux et plafond. Pour une ultime vérification, l'épure est mise en place. Les côtes et angles sont ainsi vérifiés, ainsi que l'esthétique de la main courante.


La suite n'est qu'histoire de temps et de tas de copeaux ! Il s'agit du corroyage des limons et marches (qui seront chacune formées de deux largeurs pour s'adapter aux capacités de la dégauchisseuse et limiter les déformations).



Un obstacle de taille se présente cependant : le matériel disponible n'était pas adapté au travail de pièces de trois mètres de long. La brave Kity 439 est alors munie de rallonges de tables, qui seront en plus soutenues par des tréteaux réglables en hauteur, pour éviter le basculement de la machine. Le travail en est grandement facilité. Reste que le rabotage aurait mérité une adaptation analogue, les limites de la machine étant largement dépassées. Mais celle-ci s'en est fort bien acquitté, jusqu'aux rouleaux entraîneurs qui n'ont pas faibli !


Les marches sont, elles, assemblées par fausse languette, avant que les affleurages ne soient retouchés. Le ponçage permet ensuite de connaître l'épaisseur finale des marches. Est alors réalisé le gabarit permettant de défoncer les rainures dans les limons.

La découpe est usinée dans une plaque de médium, en majorant les côtes des marches de la différence entre le diamètre de la fraise et celui de la bague de copiage. Un tasseau permet de bien appliquer le gabarit contre le limon. Il sera déplacé sur l'autre face de la plaque pour usiner le second limon. Le gabarit est simplement centré sur le tracé de chaque axe de marche, sans dispositif permettant de se caler sur la rainure précédemment usinée. Cela n'était pas utile et aurait même pu être préjudiciable à la précision, en vertu du principe que les erreurs s'additionnent en de pareils cas. Les angles sont équarris au ciseau à bois. A noter que les marches seront glissées par l'arrière, avant pose d'un champ plat masquant les rainures.



Passons à la main courante. Son contour est découpé sur l'épure. Ceci permet dans un premier temps de repérer les solides capables nécessaires à l'usinage de la pièce, taillés dans un plateau de 65 mm d'épaisseur. Il s'agit à la fois de limiter la consommation de bois en se contentant de largeurs limitées, mais aussi de veiller à ce que le fil du bois reste bien orienté afin de ne pas compromettre la solidité de la main courante.


Les solides capables sont ensuite fixés sur l'épure de main courante, en soignant l'ajustage entre eux. Le tracé est approché à l'aide d'une scie à ruban. La défonceuse prend la suite, équipée d'une fraise dont le roulement suivra l'épure, ainsi devenue gabarit. L'épaisseur de la pièce (excédant la longueur utile de la fraise), l'orientation très variable du fil compliquent un peu la tâche, mais on aboutit bientôt à une forme élégante.

Reste à assembler les tronçons. Des rainures sont usinées grâce à une fraise droite. La semelle de la défonceuse ne disposant d'aucun appui stable et droit à l'intérieur de la main courante, des tasseaux sont disposés de part et d'autre de celle-ci.

Des repères y sont portés, permettant de limiter des mouvements de la défonceuse. Le guide parallèle y prend également appui.
Les rainures usinées, des clés sont taillées pour s'y insérer. Puis l'ensemble est collé et chevillé. Un ponçage s'impose alors, pour régulariser cette pièce qui sera soumise au verdict implacable de la main plusieurs fois par jour…


Nous y voilà : la pose !

La destruction de l'escalier existant n'est que formalité… libérant une poussière cachée au fil des décennies ! Quelques clous forgés sont arrachés, les marches retirées. Puis les limons sont simplement tronçonnés. La partie supérieure retombe alors. Le pied de chaque limon est pris dans la maçonnerie, heureusement de manière superficielle qui permet son retrait aisé.

L'étape la plus délicate est la pose des limons, sur cette base ancienne fort irrégulière. Pour s'affranchir de cette difficulté, un point précis est défini, permettant de couper en atelier l'extrémité supérieure des limons. On repère ensuite la découpe inférieure, selon l'état de la maçonnerie formant semelle. Le calage précis impose une longue séance de manipulation du niveau à bulle. Les rainures doivent être horizontales, le bord des limons vertical. Ceci pour chacun des deux limons… tout en veillant à l'alignement des deux limons entre eux.

Une fois le calage optimal, les pieds sont noyés dans du ciment prompt.


En amont, les marches ont été recoupées en largeur en respectant un angle qui leur permettra d'épouser la pente arrière de l'escalier...


...par contre, leur longueur sera ajustée au vu des mesures prises entre les limons posés. Une contrainte imposée par le défaut de l'ancien escalier, qu'il a été décidé de maintenir sur le nouveau : la largeur de l'escalier est supérieure en partie basse.


Les marches inférieures, auparavant constituées d'un support maçonné et carrelé, reçoivent un doublage en chêne. Celui-ci est fixé sur des tasseaux de faible épaisseur, grâce à des vis passées dans des trous oblongs. Ainsi, l'humidité devrait être égale sur les deux faces du bois, lequel pourra tout de même travailler en largeur sans compromettre la fixation.


L'épure est de nouveau utilisée, pour faciliter le positionnement de la main courante. La recoupe et l'ajustage de chaque extrémité sont effectués, la fixation provisoire opérée. Des quarts de ronds sont alors poussés et arrêtés aux endroits adéquats.


Préparation de la balustrade
Les barreaux sont ornés en partie haute et intermédiaire de moulages en fonte et en partie basse de bustes de personnages habillant un renvoi à 90°, initialement noyé dans la pierre.



Pour les adapter à leur nouveau support, un perçage fileté est réalisé aux deux extrémités.



Aux emplacements déterminés sur l'épure, la main courante reçoit un trou de 14 mm de large sur 15 de profondeur, afin de noyer la tête de vis. Il est prolongé par un trou débouchant du diamètre de la dite vis. Le barreau étant fixé par sa tête, on vérifie l'emplacement du percement inférieur, non sans vérifier la verticalité. Puis on procède de la même manière que pour la fixation supérieure.
Les vis sont dissimulées par des chevilles coniques fabriquées grâce à des fraises à bouchonner. L'essence et le fil du bois étant respectés, la fixation est peu visible.


La finition est effectuée avec une huile à parquet, afin de préserver au mieux l'aspect naturel du chêne. Ce produit non filmogène peut paraître moins protecteur qu'un vitrificateur. Cependant, un vitrificateur présente l'inconvénient de rendre les rayures très visibles et de ne pas pouvoir être refait sans un ponçage intégral. Sachant que cet escalier, menant aux chambres, sera préservé des chaussures, la protection devrait être suffisante. Verdict dans quelques mois...


Conclusion

Cet escalier aurait peut-être pu être changé par un modèle sur mesure provenant de l'industrie. Hormis le plaisir de réaliser son remplaçant soi-même, il faut souligner l'adaptation parfaite à la construction ancienne et à ses notions géométriques toutes personnelles… Mais surtout, la conception personnelle permet de faire le lien entre le nouvel aménagement et son environnement. De beaux matériaux, une décoration adaptée, le tout à un prix de revient digne d'un modèle basique. N'hésitez pas !

Prix de revient :
Bois : 320 euros
Quincaillerie et droguerie : 60 euros
Total : 380 euros.



Ce contenu requiert Macromedia Flash Player version 8 ou supérieur.Get flash player

HM diffusion
0  article(s) pour un total TTC de : 0,00 €
Panier

Paiement sécurisé