Construction de deux guitares électriques

par Jean-Luc Giraud (13013 Marseille)

La lutherie fascine souvent mais est également parfois crainte face aux difficultés et complexités soupçonnées de mise en oeuvre... Mais peut-être que le reportage réalisé par Jean-Luc Giraud inspirera finalement ceux qui jusqu'alors n'osaient pas !

1) Le bois
Le bois de départ est constitué de plateaux de poirier et d'avivés de châtaignier bruts de sciage de plus de trente ans d'âge (donc très secs). Ils constitueront respectivement la table de 15 mm et le corps de 45 mm des guitares.

 

2) Collage des différentes parties
Après dégauchissage au rabot électrique puis à main (je n'ai pas de dégau stationnaire), il faut assembler deux parties de bois à la colle vinylique pour obtenir la trentaine de centimètre de large du corps de la guitare ainsi que de la table.

 

 

3) Découpe de l'instrument et réalisation des cavités électroniques
On réalise un gabarit grandeur réelle du corps de la guitare dans du contreplaqué de 5 mm. Après découpe grossière à la scie sauteuse, le corps est affleuré à la défonceuse équipée d'une fraise à copier en suivant le gabarit maintenu en place sur la pièce au moyen d'adhésif double-face. La pièce étant trop épaisse pour la fraise (45 mm), il faut ensuite la retourner et finir le travail à la fraise à affleurer.

 

Les cavités destinées à accueillir les câblages et l'électronique sont effectuées de la même manière.
4) Collage et affleurage de la table sur le corps
La table en poirier est collée à la colle à bois vinylique sur le corps préalablement défoncé comme ci-dessus. La table est ensuite affleurée au reste du corps à la défonceuse équipée d'une fraise à affleurer.

 

 

5) Mise en forme générale du manche
Pour former l'angle de la tête, le manche est coupé à un angle d'environ 13°. Le morceau découpé est ensuite retourné puis recollé à la colle vinylique. Les surfaces de contact auront été reprises au rabot puis au papier de verre pour être les plus planes possible et obtenir un joint fin et solide.

 

 

Le manche est coupé à la largeur (45 mm) et l'épaisseur (20 mm) voulues à l'égoïne, puis affleuré à la défonceuse équipée d'une fraise à copier. Une rainure est effectuée à la défonceuse pour accueillir une barre métallique filetée (appelée trussrod) rajoutant de la rigidité au manche et permettant de régler la rectitude de celui-ci lorsqu'il sera soumis à la tension des cordes (qui peut aller jusqu'à 60 kg).
6) Emboitement du manche dans le corps par tenon et mortaise
Le logement du manche (sorte d'emboitement tenon/mortaise) est réalisé à la défonceuse. Un léger angle d'environ 3 à 4° est nécessaire à la liaison corps manche. Le corps est fixé et la défonceuse guidée dans un dispositif permettant de régler l'angle ainsi que la largeur de défonçage.
7) Collage du ruban plastique de protection
Un fin ruban de plastique est collé à l'époxy dans une rainure défoncée à la fraise à feuillure sur le contour de la table de la guitare. Ce ruban est décoratif (il cache le collage poirier/châtaignier) et sert de protection. Il est en effet très solide et nécessite d'être mis en forme à chaud au moyen d'un décapeur thermique.
8) Défonce de l'emplacement des micros et sculpture de la table
C'est alors que l'on défonce les cavités qui accueilleront les micros de la guitare.

Le surplus de la table dépassant des rubans est ensuite sculpté pour obtenir un galbe, un peu comme ce que l'on peut observer sur un violon. Des défonces en escalier sont réalisées à la défonceuse équipée d'une bague de copiage en suivant un gabarit contreplaqué. Puis tout ceci est repris à la gouge de sculpteur et au racloir col de cygne...

...afin d'obtenir un belle courbe régulière sur toute la surface de l'instrument.

9) Réalisation des incrustations de tête en nacres
Les incrustations sont découpées à la scie à chantourner manuelle dans des plaques de nacre et d'abalone de 2 mm d'épaisseur. Après avoir collé un placage en ébène sur la tête, les logements des incrustations sont ensuite creusés à l'outil Dremel et aux ciseaux de sculpteur miniatures. Les découpes en nacre sont collées dans leur logement au moyen de colle époxy mélangée à de la poussière d'ébène afin de combler les défauts et bavures éventuels. Après séchage, le tout est poncé à fleur à la cale à poncer.

10) Mise en forme de la touche
La touche (partie du manche où les doigts se posent sur les cordes), est une latte en bois de rose de 7 mm d'épaisseur. Les repères sont réalisés de la même façon que pour la tête, la colle époxy étant cette fois-ci mélangée à de la poussière de bois de rose. Le dessus de la touche est ensuite légèrement arrondi, pour faciliter le jeu, à un rayon de 30 cm. Ceci est réalisé au moyen d'une cale à poncer concave du même rayon.

11) Mise en place des frettes et des rubans de touche
La touche est rainurée au moyen d'une scie à onglet fine à des endroits bien précis correspondant aux futures notes de musique. Des frettes en métal sont ensuite enfoncées au marteau dans ces rainures. Un ruban plastique, similaire à celui collé précédemment sur le corps, est alors collé à l'époxy de part et d'autre de la touche. On racle le surplus de plastique autour des frettes et de la surface du bois à la lame de rasoir et au racloir.

12) Collage de la touche sur le manche et arrondi du dos du manche
La touche est collée sur le manche à la colle vinylique. On arrondit ensuite le dos du manche à la râpe puis au papier de verre.

13) Ponçage puis application du bouche-pores
Le manche est alors collé au corps toujours à la colle vinylique. Le tout est ensuite poncé au grain de plus en plus fin (jusqu'à 320-400). On applique ensuite un bouche-pore sur tout l'instrument, hormis la touche. Le produit est teinté en acajou pour le corps et le manche.

14) Teinte dégradée de la table
La table de la guitare prend sa teinte dégradée jaune-orange-rouge en appliquant au pinceau plusieurs couches de vitrificateur brillant mélangé à des colorants pour peinture du commerce. On obtient le résultat voulu en faisant se chevaucher des couches rouges et jaunes successives. Les passes ont été réalisées au pinceau.

15) Vitrification et lustrage / polissage de l'instrument
La totalité de l'instrument est alors recouverte de près de dix couches successives de vitrificateur passées au pinceau. La touche est quant à elle uniquement huilée. Après plusieurs semaines pour laisser le produit sécher et durcir, on élimine l'effet "peau d'orange" des couches de vitrificateur en ponçant à l'eau la totalité de l'instrument. On utilise des abrasifs de plus en plus fins (empruntés au travail de la carrosserie ou de la miroiterie et de l'optique) pour obtenir un aspect lisse au toucher. On réalise le brillant final au moyen de polish autos.

Après mise en place de l'électronique, des accessoires et réalisation de différents réglages (hauteur des cordes...), on obtient le résultat suivant.


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